Demais

Demais | Street Artiste

Biographie

L’artiste Demais, français installé à Hong Kong, manie depuis plus de 30 ans l’art du graffiti avec une passion intacte.

Demais est intarissable sur les lettres, les formes et les couleurs, et sur cet univers du graff vandale qu’il a expérimenté pour la première fois il y a longtemps à la suite d’un déménagement dans la banlieue ensoleillée d’une ville qu’il ne connaissait pas.

C’est son frère cadet qui l’a initié au graff sur les murs des parcs de sport environnants, et l’adrénaline ressentie depuis, l’odeur des bombes, les chuintements des caps et les claquements des billes de spray, les courses effrénées dans la nuit, ont été des éléments déterminants dans l’ancrage de cette passion au sein de son corps et de son esprit.

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Demais est imprégné du graff : de Montpellier où il participait avec son crew ODM (On Défonce Montpellier) à l’Asie ou il travaille avec le 5D et d’autres artistes locaux et internationaux, Demais vit en permanence avec le graff à l’esprit.

Quels sont les prochains murs, les prochains projets de décoration de restaurants et autres espaces, les nouvelles collabs avec les copains de passage, les artistes locaux ?

S’il y a un rassemblement de graffeurs à Shanghai ou Dalian en Chine, il s’enquiert instantanément des disponibilités de bombes. S’il y a un mur disponible au fin fond de Hong Kong, alors .ce sera pour ce week-end. Allez voir régulièrement les murs de Hong Kong, il y a de grandes chances que vous y trouviez son travail.

Il est toujours intéressant de suivre un artiste en action. Méticuleux, soigné, Demais aime parfaire ses lettres harmonieusement, malgré la pression du temps !! Il faut le voir manier les sprays, les caps, les Poscas, pour se rendre compte de la maitrise de son art. Les gestes sont précis, les rendus tels qu’imaginés préalablement dans sa tête et griffonnés sur les nombreuses épreuves papier des heures durant. Son but: toujours réinventer son blaze.

Quelles sont les raisons de cette rigueur et cette envie de toujours bien faire qui caractérise son travail ? Son éducation et son parcours sans doute, mais surtout l’amour des lettres, de leurs formes tantôt voluptueuses, tantôt saccadées, parfois déchirées.

La façon enjouée dont il parle des lettres témoigne de cet affect particulier pour cet art  singulier sans cesse remanié.

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Interview de Demais

Comment te définis-tu ? Pourquoi ?

Je me considère comme un Graffeur (graffiti artist). J’appartiens à ce mouvement né dans les quartiers populaires et défavorisés des banlieues américaines et j’en suis les codes et les règles.  J’aime à considérer que notre mouvement est quelque chose à part du champ artistique et différent du street art. Est-ce de l’art ? Sommes nous des artistes ? Je n’en sais rien et je ne me pose pas la question. Pour moi, il s’agit essentiellement d’une passion. À la question sommes nous des artistes ?  je répondrais que nous sommes plus des délinquants artistiques (ahah).

Quelle est ton histoire ? Quelles sont les raisons qui t’ont poussé à peindre ?

Les raisons qui m’ont poussé à peindre ? Je pense que la banlieue y est pour beaucoup, non pas qu’elle justifie tout, mais parce qu’elle est un lieu à part dans la ville, surtout quand tu es jeune.

Je dirais qu’il y a eu un concours de circonstances qui m’a poussé au graffiti, une sorte d’alignement des planètes qui m’a plongé dans l’univers du spray ; ma mère qui décide de déménager dans la banlieue de La Paillade à Montpellier, mes 16 ans avec le contrôle parental qui devient moins pesant, mon amour pour l’art et le dessin mais un rejet de la peinture traditionnelle, mon frère qui tag déjà depuis un an avec un pote à lui et la fenêtre de ma chambre qui donne sur un terrain de Basket dont les murs sont couverts de graffitis. 

Mon histoire ? 

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C’est une histoire qui s’étale sur presque 30 ans déjà et qui dure toujours. Elle commence à Montpellier début 90,  se prolonge à Nîmes, puis part dans l’Est à Dôle puis à Besançon, fait un petit crochet par la Suisse avant de s’installer à Hong Kong depuis 15 ans. C’est un parcours fait de rencontres et d’amitiés, mon premier crew, les MCT avec Kiko et mon frère Zea, puis le 100GN avec Code, les frères Aste, Alone et Dekor (actuel Defo), le LCF avec Astik, Nast, Hant (actuel Rezo), la rencontre avec Sade (Heat) et le ODM, Le EST crew avec Desh, Bou Bou, Paner, Acier, puis le FC qui est devenu CF avec Tenko, Decap, Pute ( actuel Fake), la grande famille du C4 avec Sonik, Dech, Smole et Oyster et bien d’autres, le FHK avec Orsek, Shoes, Jams, Amson, Asmo et finalement le 5D avec Miot, Storm, Hazid, Zeno, CEO, Asset, Fokus et Toner. Il me faudrait aussi parler de personnes comme Maks, Redy, Mozes, Jwoa, Raiko, Pung, Sency et surtout Ryck qui sont devenus mes amis tout au long de ce parcours.

J’ai commencé sous le nom de Obsek qui est devenu Hobsek avec le temps. Au départ je faisais surtout des “persos” au milieu des pièces de mes amis, plus rarement des “lettrages”. Plus tard j’ai alterné des périodes plus ou moins longues où je faisais que de la lettre, avec des périodes où je revenais aux personnages. Avec le temps et le fait de peindre 6 lettres, j’ai ressenti une fatigue vis à vis du nom que je m’étais donné et j’ai finalement décidé que (De)Mais serait mon nouveau nom. Du coup, depuis une dizaine d’années je me consacre essentiellement à ce nouveau “blaze”. Il m’arrive toujours de peindre des personnages mais presque exclusivement pour des projets commissionnés.

J’ai toujours avancé prudemment avec le graffiti histoire de n’avoir rien à regretter et de pouvoir assumer pleinement ce que je fais. Il y a eu des périodes calmes et d’autres plus intenses, il y a maintenant les responsabilités familiales et le boulot, il y a l’âge et la fatigue, mais je ne me suis jamais arrêté et 30 ans après ma passion pour le graffiti est toujours là.

Quel est ton « terrain de jeu » préféré ?

La ville, les terrains vagues, les bords de voies ferrées, les friches industrielles, les toits, les trains, toutes surfaces visibles dans l’espace urbain.

Quel est le matériel et quelles sont les techniques que tu utilises ?

Essentiellement la peinture en bombe avec une grande prédilection pour les couleurs métalliques comme le chrome ou le doré. Je privilégie le style à la couleur. Je cherche des contrastes forts et impactants qui assurent une plus grande lisibilité. J’ai beaucoup d’exigence sur l’aspect de mes lignes que je veux fines, propres, spontanées et sans recoupe, lignes que j’exécute le plus souvent au cap aiguille.

Quel est le projet le plus important sur lequel tu as travaillé ? Pourquoi ?

On était parti en virée à Barcelone avec un groupe d’amis. Le deuxième Jour, alors que l’on se  baladait en ville, on est tombé sur un jam organisé par Ogre que l’on connaissait. Il nous a  aussitôt invité et je me suis retrouvé a faire un perso à côté de Dare sur un petit mur où nous étions que tout les deux. Il faisait beau, il y avait du bon son, on a pas mal rigolé, j’ai calé un  perso  que j’ai trouvé pas trop mal malgré la pression et lui bien sûr il a envoyé un lettrage incroyable. C’était magique. Sigi était La référence pour bon nombre d’entre nous et malgré son  talent et sa notoriété il a toujours été abordable, humble et d’une gentillesse incroyable.

Peu de temps après nous avons appris la triste nouvelle de son décès.

Quels sont les principaux artistes qui t’ont inspiré au départ ?

Beaucoup de graffeurs liés aux persos, les grands classiques comme Mode 2, Number 6 et Popay et plus spécialement Toast dont le style et les idées étaient largement au dessus du lot.

Pour les lettres, j’ai d’abord subi l’influence parisienne des peintres comme Bando (incontournable) Extaz (actuel Vision), Hoctez, Nacio, Honet et autres. Plus tard les FMK avec Diego Supe et Gorey et finalement Sonik qui a eu une une grande importance et influence sur mon style.

Quels sont les principaux artistes qui te font vibrer aujourd’hui ?

Je dirais que des gars comme Most, Heis, Funco (ex Satur), Rage, Moner, et Shire sont parmi ceux qui me font le plus vibrer. Bien sûr il y en a beaucoup d’autres. Il y a Ryck avec qui je peins, dont j’admire le continuel renouvellement et la grande spontanéité. Il y aussi mon amie Bao qui me pousse à essayer de nouvelles couleurs et qui arrive même à me faire peindre avec un pinceau.

Selon toi, l’art urbain a-t-il un impact sur la vie des gens ?

Pris dans son ensemble (Tag, flop, Pièces), je pense que le graffiti dérange. Il dérange parce qu’il apparait comme ça, le plus souvent dans l’anonymat sans que personne n’est demandé quoi que ce soit. Le graffiti est énigmatique, Il ne respecte pas grand chose, Il est là partout, omniprésent, Il s’impose à chacun comme une agression visuelle.

Pour ce qui est du Street Art c’est une autre histoire.

Penses-tu que ton travail interroge la société ? De quelle manière ?

Je n’aurai pas cette prétention.

Le concept Drip’in est d’amener l’art urbain dans les foyers. Notre objet emblématique est un train blanc, que nous laissons librement entre les mains des artistes. Pourquoi as-tu choisi de collaborer à ce ” Cover It Project ” ?

Le projet est intéressant et fun de part la taille impressionnante de ce train, de plus je n’allais pas laisser aux Street Artistes seuls le plaisir de s’emparer d’un symbole qui ne leur appartient pas. Les street artists ne peuvent pas comprendre l’adrénaline que l’on ressent au moment où l’on commence a s’approcher du train, cette impression de transgression quand la peinture commence a couvrir le wagon, le coeur qui bat plus vite, puis le plaisir que l’on ressent au moment des contours et finalement le retour au calme quand tout est terminé et que finalement on est enfin arrivé chez soi.